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Interview: TinTua (FR)

Tin Tua est une des premières organisations locales qui a bénéficié d’un passporting de sa certification CHS par une ONG Internationale. Yves OUOBA, Directeur Exécutif de TinTua, a acceptée partager son expérience.

"À la suite de notre certification CHS, CORDAID a accepté de mettre en œuvre un mécanisme de passporting à notre profit. L'organisation a reconnu notre certification CHS comme une preuve suffisante de la qualité et de la robustesse de nos systèmes institutionnels, et a donc renoncé à conduire une nouvelle due diligence complète"


Tin Tua est une des premières organisations locales qui a bénéficié d’un passporting de sa certification CHS par une ONG Internationale (ONGI). De quoi s’agit-il ?

Tin Tua a obtenu sa certification CHS en 2026, après avoir réalisé un benchmarking en 2025. Cette démarche a représenté une formidable opportunité de transformation institutionnelle. Loin d'être une simple formalité, cette démarche a d'abord été un levier puissant pour questionner et améliorer nos propres pratiques en continu. Notre objectif ultime était double : garantir une redevabilité de premier ordre aux communautés affectées que nous servons, tout en offrant des gages de qualité indiscutables à nos donateurs. En tant qu'organisation nationale, cette certification prouve que nos ancrages locaux matchent parfaitement avec les exigences et les standards internationaux les plus stricts en matière de qualité de l’aide.

Avant cette certification, Tin Tua faisait régulièrement l'objet de procédures de due diligence de la part de ses partenaires, qu'il s'agisse d'ONG internationales ou d'agences des Nations Unies. Ces évaluations redondantes constituaient une charge administrative énorme. Il nous est ainsi arrivé de renseigner des questionnaires comportant plus de 200 questions, mobilisant plusieurs membres de l'équipe pendant plusieurs jours au détriment du suivi de nos actions sur le terrain.

À la suite de notre certification CHS, CORDAID a accepté de mettre en œuvre un mécanisme de passporting à notre profit. Concrètement, cela signifie que l'organisation a reconnu notre certification CHS comme une preuve suffisante de la qualité et de la robustesse de nos systèmes institutionnels, et a donc renoncé à conduire une nouvelle due diligence complète.

Cette approche nous a permis d'éviter la duplication des évaluations, et de consacrer davantage de temps à la mise en œuvre de nos programmes. Au-delà de l'aspect pratique, elle constitue également une reconnaissance forte des capacités des organisations locales et de leur conformité aux standards internationaux de qualité et de redevabilité.

Qu’est-ce que ce passporting représente pour vous en termes d’efficacité, mais aussi de reconnaissance ?

Le passporting représente d'abord un important gain d'efficacité. Une certification CHS exige des investissements significatifs en temps, en ressources humaines et en moyens financiers. Grâce à ce mécanisme, nous évitons la multiplication des évaluations similaires et il nous permet de réallouer nos forces là où elles sont le plus utiles : directement auprès des populations, pour maximiser l’impact et la pertinence de nos programmes.

Sur le plan de la reconnaissance, il s'agit d'une étape majeure dans la localisation de l'aide. Le passporting reconnaît que les organisations nationales disposent de systèmes de gestion, de gouvernance et de redevabilité capables de répondre aux standards internationaux. Le passporting brise le stéréotype selon lequel la conformité aux standards internationaux serait l'apanage exclusif des acteurs internationaux. Cela contribue à renforcer notre position de partenaire stratégique crédible tout en valorisant l'expertise locale développée depuis plus de trente-cinq ans.

Pouvez-vous décrire d’autres bailleurs dans votre région qui procèdent de la même sorte ?

Le passporting demeure encore une pratique relativement récente et peu répandue dans notre contexte d'intervention. CORDAID est le principal partenaire ayant concrètement accepté de reconnaître notre certification CHS en lieu et place d'une nouvelle due diligence institutionnelle. Le Sahel Regional Fund (SRF) nous a également manifesté un intérêt dans cette dynamique de reconnaissance des mécanismes existants.

Par ailleurs, nous avons informé l'ensemble de nos partenaires techniques et financiers de l'obtention de notre certification CHS. Les retours reçus ont été globalement très positifs, plusieurs partenaires ayant salué les efforts consentis par Tin Tua pour renforcer ses systèmes de qualité, de redevabilité et de gestion.

Nous espérons que cette certification sera davantage prise en compte lors des futurs renouvellements ou négociations de partenariats avec les ONG internationales, les agences des Nations Unies et les autres bailleurs, afin de réduire les évaluations redondantes et de promouvoir une reconnaissance mutuelle des mécanismes de conformité déjà en place.

Qu’attendez-vous des bailleurs et de vos partenaires à l’avenir ?

À l’avenir, nous attendons des bailleurs et de nos partenaires une reconnaissance accrue des investissements réalisés par les organisations locales pour renforcer leurs systèmes de gouvernance, de gestion, de qualité et de redevabilité. Lorsqu’une organisation a obtenu une certification reconnue comme le CHS, cet effort doit être valorisé et converti en simplification administrative. Nous appelons au déploiement systématique de mécanismes de reconnaissance mutuelle comme le passporting pour mettre fin aux évaluations redondantes qui fragmentent nos ressources.

Plus largement, nous espérons que les relations entre organisations locales, ONG internationales et bailleurs continueront d’évoluer vers des partenariats équitables, fondés sur la confiance vérifiée et une redevabilité partagé. Les organisations nationales ne doivent pas être perçues uniquement comme des exécutantes, mais comme des acteurs stratégiques capables de contribuer à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des interventions.

Enfin, nous souhaitons que les efforts consentis par les organisations locales pour atteindre les standards internationaux soient davantage valorisés et encouragés, car ils contribuent directement à l’amélioration de la qualité, de la transparence et de l’impact de l’aide apportée aux populations.

Monsieur OUOBA, nous vous remercions pour cette interview.

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